Partager la publication "Un latex sans allergie ? Le Guayule révolutionnerait-il le caoutchouc?"
Connaissez-vous le Guayule ? cet petit arbuste mexicain, fournit un latex naturel autorisé depuis 2008 par la FDA (Food and Drug Administration) pour les dispositifs médicaux dits “sans latex”. Cette reconnaissance repose sur son absence d’allergénicité évoquée dans plusieurs études . En France, sa culture reste encore limitée , mais les travaux du CIRAD montrent que l’extraction de son latex est plutôt respectueuse de l’environnement. Il s’agit d’une innovation qui semble prometteuse mais qui prend du temps à percer. Nous allons voir ce qui se passe dans l’hexagone.
Vous avez dit Guayule!
Le guayule (Parthenium argentatum) pousse, initialement, dans le désert de Chihuahua, au nord du Mexique. Cette plante vivace mesure entre 30 et 90 cm. En 1876, le gouvernement mexicain la présente au public lors d’une exposition à Philadelphie. Les Aztèques utilisaient déjà son latex depuis des siècles. En 1910, le Mexique lance son exportation à grande échelle. Il envoie près de 10 000 tonnes de latex aux États-Unis pour répondre aux besoins de l’industrie automobile.
Un projet Européen
Après les USA, en 2008, le projet EU-PEARLS relance l’intérêt pour le guayule en Europe. En France, le CIRAD mène l’étude. Les chercheurs montrent que cette plante s’adapte au climat méditerranéen. Elle produit un latex non allergisant, utile pour les dispositifs médicaux et d’autres usages. Le Guayule devient exploitable deux ans après sa plantation. Il s’acclimate aux climats secs et aux sols arides et consomme peu d’eau. Résistant naturellement aux parasites, il peut être cultiver sans utiliser systématiquement des pesticides.
À partir de 2012 , la mise en place de plusieurs champs expérimentaux près de Montpellier et de Perpignan vise plusieurs objectifs. Il faut produire assez pour développer un procédé d’extraction du latex. Les chercheurs étudient la croissance des plantes et leurs rendements en latex et résines. La production de graines permet d’étendre les cultures sur des terres viticoles abandonnées et susciter l’intérêt des agriculteurs pour cet arbuste.
Entre 2014 et 2015, une parcelle expérimentale de 0,25 hectare est mise en place à Lansargues, près de Montpellier. Elle regroupe 2000 plants issus de cinq anciennes variétés développées par l’USDA ( United States Department of Agriculture)et importées dans le cadre de ce projet européen.
Une alternative différente.
L’Hevea brasiliensis libère naturellement son latex après incision du tronc. En revanche, l’extraction du latex de Guayule nécessite une approche différente. Le CIRAD, a développé en partenariat avec une start-up, un procédé d’extraction en phase aqueuse permettant d’obtenir un latex de bonne qualité . Elle permet de récupérer le latex contenu dans des cellules isolées, situées dans le parenchyme de l’écorce. En 2018, un brevet international a été déposé par le CIRAD et le Centre de Transfert de Technologies du Mans (CTTM), auprès de l’Office européen des brevets (OEB), pour valider ce procédé.
Outre le latex, rien ne se perd puisque ce végétal fournit également des résines riches en lipides et terpènes, ainsi que de la bagasse.
Un latex étiqueté sans allergènes.
En 2011, un article, publié par le GERDA, évoque l’étude histologique sur une coupe de branche de Guayule. Les chercheurs observent que le latex se loge dans le parenchyme de l’écorce. Ce latex reste enfermé dans le cytoplasme de cellules spécifiques ne communiquant pas entre elles.
Le latex de Guayule contient moins de 1 % de protéines. Chaque procédé d’extraction en récupère environ 2 grammes. En comparaison, le latex d’Hevea brasiliensis en contient près de 50 grammes. Dès 1996, des chercheurs mènent des tests ELISA et Western Blot. Ils démontrent l’absence de réaction croisée entre les deux types de latex. Par ailleurs, les pricks-tests réalisés avec du latex classique provoquent des réactions chez les personnes allergiques. En revanche, les tests cutanés avec du latex de guayule ne déclenchent aucune réaction.
Où en est-on actuellement en France?
Monsieur Michel Dorget , président de la Start-up GuaTecs a accepté de répondre à mes questions.

©Michel Dorget
Dr CQ: En 2014, une publication annonce l’ambition de cultiver jusqu’à 30 000 hectares de guayule en Europe d’ici 2025. Nous y sommes . Qu’en est-il aujourd’hui de ce projet d’exploitation en Europe ou même en France ?
Michel Dorget: Suite aux travaux du CIRAD, notre start-up a été créée. Nous sommes en phase d’industrialisation. Aujourd’hui, nous en sommes au stade « pilote » , avec plusieurs hectares de Guayule, ce qui permet actuellement de produire plusieurs litres de latex. Certes, ce n’est pas encore en production industrielle mais cependant il s’agit d’une quantité suffisante pour que les fabricants de gants puissent commencer à tester et à valider la qualité du produit.
Dr CQ: Depuis 1996 , est-ce que d’autres tests Western blot on été effectués en raison de l’augmentation du nombre d’allergènes de latex d’Hévéa Brasiliensis identifiés au niveau international?
Michel Dorget : Aux États-unis, il y a une Norme ASTM sur le latex de Guayule qui englobe la mesure du taux de protéines allergisantes quasi inexistant . Pour l’instant, en Europe il n’y a pas de norme. Pour les examens dont vous parlez il faut pour nous attendre d’être au stade industriel avec le produit fini. Les américains l’ont fait mille fois et je n’ai aucun doute sur les résultats. Contrairement au latex d’Hévéa, le latex de Guayule doit passer par un procédé d’extraction.Il faut tout broyer dans la plante, filtrer , séparer etc. Donc on ne peut pas dire qu’il n’y a qu’un latex de Guayule mais il y a des latex de Guayule dont la composition dépend du mode d’extraction. il faut donc y aller pas à pas pour ensuite pouvoir évaluer la norme sur la réalité industrielle.
Et pour l’avenir?
Dr CQ: Pour que cette innovation prenne son envol, encore faut-il que l’offre et la demande se rencontrent. Qu’en est-il pour l’instant?
Michel Dorget : Nous en sommes à l’étape de levée de fonds pour pourvoir produire plusieurs tonnes de latex de Guayule donc augmenter la capacité de production. Cela permettra ensuite aux fabricants de gants de valider sur de vraies unités de production la qualité du produit. Il n’y a qu’après, entre autres étapes, que l’on pourra amorcer une activité économique avec production du produit fini. Parallèlement, les agriculteurs sont aussi très intéressés. Ils sont impatients de pouvoir planter.
Dr CQ : Où en est le projet de bioraffinerie du guayule aujourd’hui?
Michel Dorget. Il s’agit pour nous de monter en capacité de production. On doit lever des fonds pour planter ces dizaines de milliers d’hectares , augmenter la capacité d’extraction. Aujourd’hui nous avons une usine que j’appelle « le Pilote »( voir reportage Fr3 Occitanie) qui tient pour l’instant dans un container et le but ensuite est de faire une véritable usine.
Le Docteur Catherine Quéquet déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt avec la Start up citée, ni avec le CIRAD
Références
Credit Photos ©Michel Dorget