Partager la publication "Allergies alimentaires, du nouveau dans l’immunothérapie orale"
L’immunothérapie orale (ITO) dans l’allergie alimentaire fait aujourd’hui partie des approches les plus prometteuses. Elle permet de réduire le risque de réaction sévère en exposant progressivement le patient à l’allergène afin d’augmenter son seuil de tolérance et d’améliorer la prise en charge globale. L’éviction totale n’est plus systématique et le parcours de soins évolue. Les familles attendent, en général, plusieurs années avant de commencer une immunothérapie orale. Cependant, les protocoles se perfectionnent. La prise en charge devient plus rapide. Un enfant qui fait une réaction allergique et passe par les urgences peut, désormais, dans certains services, être orienté rapidement vers l’allergologue. L’immunothérapie orale peut alors être débutée dans les jours qui suivent. Cette nouvelle approche transforme le parcours de soins des familles. Découvrons avec le Dr Camille Braun, pédiatre allergologue aux Hospices Civils de Lyon, les avantages de cette prise en charge.
Une nouvelle approche
Dr C Quéquet: Depuis quand ce protocole d’immunothérapie orale (ITO) initiée rapidement quelques jours après une anaphylaxie est-il mis en place dans votre service ou dans d’autres centres spécialisés ?
Dr Camille Braun: De manière formelle, nous avons débuté, il y a environ un an, au CHU de Lyon. C’est un peu moins pour d’autres centres qui embarquent dans l’aventure. Cela concerne de multiples aliments comme l’œuf, le lait, la cacahuète, les fruits à coque. Nous le faisions déjà auparavant, au coup par coup, notamment pour le lait. Certains centres le font aussi, mais de manière moins systématique.
Dr C Quéquet : Existe‑t‑il déjà des publications scientifiques décrivant cette approche dans un délai rapide d’immunothérapie orale, notamment après une réaction sévère récente ?
Dr Camille Braun: La plupart des publications scientifiques montrent que l’immunothérapie orale est plus efficace et mieux tolérée chez les enfants en bas âge et/ou avec des IgE (les « anticorps de l’allergie ») basses, ce qui motivent à traiter tôt. Toutefois, il faut souligner qu’une équipe espagnole a rapporté son expérience dans l’initiation très précoce de l’ITO au lait de vache dès le diagnostic de l’allergie, avec une très bonne efficacité et tolérance.
Les premiers résultats
Dr C Quéquet :Disposez‑vous d’un recul clinique sur les premiers patients ayant bénéficié de ce protocole ? Quels enseignements en tirez‑vous à ce stade ?
Dr Camille Braun : Plusieurs choses : tout d’abord, comme attendu, les patients ont, pour la majorité, une allergie encore peu sévère. Donc c’est plus simple de les traiter. Ensuite, le protocole est plus facilement accepté qu’après plusieurs années d’éviction. Enfin, les patients pour qui on a le plus de recul voient leur allergie s’améliorer très largement. On a un patient allergique au lait de vache qui, en 6 mois, consommait des biberons entiers.
Dr C Quéquet : À partir de quel âge proposez‑vous cette immunothérapie orale rapide chez l’enfant ? Est-ce aussi à prévoir chez l’adulte?
Dr Camille Braun : Quel que soit l’âge !
Dr C Quéquet: Ce protocole est‑il pour l’instant réservé uniquement à la noix de cajou ou avez vous envisage son application à d’autres allergènes alimentaires ?
Dr Camille Braun : On pratique actuellement l’ITO très précoce pour l’œuf, le lait, la cacahuète, les fruits à coque. Le choix de ces aliments repose sur la persistance et/ou la sévérité potentielle de ces allergies. Par ailleurs, en termes de prévalence, on couvre ainsi une grande partie des allergies.
TPO ou pas TPO?
Dr C Quéquet : Réalisez‑vous systématiquement un test de provocation orale (TPO) avant de débuter cette immunothérapie accélérée ?
Dr Camille Braun: Non, s’il n’y a pas de doute sur la réaction. De notre point de vue, la qualité de vie du patient est primordiale et il est inutile de provoquer. Connaître le seuil réactogène, par exemple, ne nous semble pas indispensable.
Une avancée dans la prise en charge
Dr C Quéquet: Comment ce protocole rapide s’articule‑t‑il avec les stratégies d’immunothérapie orale plus traditionnelles, incluant l’introduction progressive de formes cuites ou crues, éventuellement associées à une biothérapie ?
Dr Camille Braun : La pratique de l’ITO très précoce est tellement plus simple qu’elle s’intègre parfaitement dans notre pratique plus traditionnelle. Elle pourrait la remplacer, puisque dans l’idéal, elle permettrait une prévention des formes sévères de l’allergie. C’est notamment le cas pour l’allergie au lait de vache, où l’on continue à voir des allergies sévère avec nécessité de mise sous biothérapie alors qu’une intervention précoce devrait pouvoir l’éviter. Quant aux formes cuites, si elles apparaissent plus sécuritaires, elles sont probablement moins efficientes d’un point de vue immunologique ; l’intervention précoce permet d’aller directement aux formes crues, et d’autoriser ensuite les formes cuites.