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À partir du 1er janvier 2027, la prise en charge par l’Assurance maladie de la désensibilisation aux pneumallergènes va fortement diminuer. Une décision qui suscite l’inquiétude des patients et des professionnels de l’allergologie. Dans les commentaires de la pétition lancée début septembre par la Fédération Française d’Allergologie, les témoignages se multiplient pour dénoncer le risque d’un reste à charge trop important et la crainte de devoir renoncer à un traitement de fond.
Allergies respiratoires : pourquoi la désensibilisation est essentielle
La rhinite allergique concerne environ un quart de la population française selon les données disponibles, avec des estimations pouvant dépasser 30 % selon les sources. Elle peut être permanente, notamment lorsqu’elle est liée aux acariens, ou se manifester de façon saisonnière, en particulier lors des périodes de pollinisation. Face à ces allergies respiratoires, la prise en charge repose notamment sur l’éviction des allergènes lorsqu’elle est possible et sur des traitements destinés à soulager les symptômes. Mais pour de nombreux patients, la désensibilisation, également appelée immunothérapie allergénique (ITA), constitue un traitement de fond. Son objectif est de modifier la réponse du système immunitaire à l’allergène responsable et d’agir sur les mécanismes de la maladie, au-delà du simple soulagement des symptômes.
Un sacré paradoxe: des données récentes en faveur de la désensibilisation
Le contraste interroge. En 2026, l’étude ERAPP, menée notamment par Davide Caimmi et Pascal Demoly au sein de l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique (Inserm/Université de Montpellier), a recueilli les données de près de 9 500 patients traités par immunothérapie allergénique sublinguale. Publiés dans la revue Allergy en mars 2026, les résultats montrent notamment qu’après 12 à 15 mois, 84 % des adolescents et adultes de la population analysée déclaraient un bénéfice cliniquement significatif du traitement selon l’indicateur utilisé par les chercheurs. Chez les enfants, cette proportion atteignait 83,8 %.
Quelques mois plus tard, le décret du 21 août 2026 prévoit pourtant, à compter du 1er janvier 2027, une modification à la baisse de la prise en charge des extraits allergèniques. Le reste à charge pour les patients augmentera encore. Concernant les gouttes sublinguales, la part prise en charge par l’Assurance maladie passerait de 30 % à 15 %, faisant passer le reste à charge de 70 % à 85 %. Pour les comprimés sublinguaux, le remboursement passerait de 15 % à 5 %, portant le reste à charge de 85 % à 95 %. Une diminution particulièrement importante pour les patients qui suivent ces traitements sur plusieurs années ou qui doivent les débuter.
Pour les allergologues et les patients qui défendent l’accès à la désensibilisation, le calendrier pose donc question : alors que de nouvelles données en vie réelle viennent documenter le bénéfice perçu de l’immunothérapie allergénique, la réforme prévoit une augmentation du reste à charge pour les patients concernés.
L’étude POLYPOLLEN : des besoins importants en désensibilisation
Publiée en 2023, l’étude française POLYPOLLEN a porté sur 1 018 patients consultant un allergologue pour débuter une immunothérapie allergénique sublinguale contre les pollens. Réalisée entre 2019 et 2021 dans plusieurs centres de France métropolitaine, elle met notamment en évidence l’importance de la polysensibilisation : 59,4 % des patients étaient allergiques à au moins deux allergènes polliniques, contre 40,6 % présentant une mono-allergie.Les graminées étaient les pollens les plus fréquemment concernés, avec 62,8 % des patients, devant les bétulacées (32,5 %), les cupressacées et l’olivier (15,7 % chacun). L’étude identifie ainsi principalement dix pollens pour lesquels un besoin d’immunothérapie allergénique existe en France.
Chaque année, le retour des pollens fait ainsi son entrée dans les médias : l’allergie pollinique est devenue un véritable marronnier du printemps, avec ses bulletins polliniques, ses conseils de prévention et ses témoignages de patients. Mais derrière ce rendez-vous médiatique se trouve une autre réalité, moins visible : celle du remboursement de la désensibilisation. À partir de janvier 2027, sa diminution pourrait avoir un impact direct sur le reste à charge des patients allergiques et, pour certains, sur leur capacité à poursuivre leur traitement
La pétition nationale qui rassemble médecins et patients
Mise en ligne le 8 septembre 2026 à l’initiative de la Fédération Française d’Allergologie, la pétition nationale pour préserver l’accès à la désensibilisation a déjà recueilli plus de 1 100 signatures et 459 commentaires. Médecins, allergologues et patients y témoignent d’une même inquiétude face aux conséquences de la baisse annoncée du remboursement. Au-delà des chiffres, les commentaires racontent des parcours de soins et une crainte très concrète : voir le coût de la désensibilisation devenir un frein à la poursuite d’un traitement dont ils bénéficient.
Signer la pétition, c’est rejoindre cette mobilisation et faire entendre la voix des patients et des professionnels qui souhaitent préserver un accès équitable à la désensibilisation.
Etude Polypollen : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1877032023003779